CULTURE

Dimanche 8 novembre 2009

"Unna", de Youri Rytkhéou, est un livre que j'ai beaucoup aimé et que je vous conseille si vous cherchez des idées de lecture.
Unna est une petite fille de la toundra tchouktche. Précocement russifiée, sédentarisée et convertie aux valeurs soviétiques, elle s'arrache sans regret à ses racines et sa culture, devient militante et poursuit ainsi son ascension vers la députation. Jusqu'à ce que quelques faiblesses se manifestent lorsque, jeune femme, elle croise le chemin d'un violoncelliste juif, et se laisse prendre à des rêves individualistes : les fiançailles, la maternité. Alors le vent tourne pour Unna, ou plutôt contre elle, et sévèrement ...
A travers la vie d'Unna, Youri Rytkhéou exprime avec force et émotion le destin si précaire des Tchouktches. Cette ethnie vivait traditionnellement de la chasse et de l'élevage de rennes. Sous l'ère soviétique, ils furent forcés d'adapter ces activités au sein de fermes collectives. Devenus dépendants de ce système, la chute de l'URSS a perturbé leur mode de vie, aujourd'hui gravement menacé. La fiction, dans ce livre, condense magnifiquement l'histoire collective, et tente de faire obstacle à la dépersonnalisation de tout un peuple...

L'auteur :
Youri Rytkhéou est né en 1930 à Ouelen, petit village à l'extrême nord-est de la Sibérie, et appartenait à l'ethnie tchouktche, cousine des Inuits. Il se lance très tôt dans l'écriture, avec une oeuvre tout entière consacrée à l'histoire de son peuple sibérien.
Il a souvent critiqué la "civilisation" et la manière dont étaient traités les peuples indigènes qu'il qualifiait de "génocide silencieux".  
Il a écrit en russe et en tchouktche. Après la dissolution de l'union soviétique, ses livres ont également été publiés dans d'autres langues, notamment "l'étrangère aux yeux bleus", "Unna" et "Le miroir de l'oubli" en français.
Youri Rytkhéou s'est éteint à Saint-Pétersbourg en mai 2008 ; il a vécu ses dernières années à Anadyr, la capitale administrative de sa région sibérienne natale, près du détroit de Béring.

Par Lisa
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Jeudi 3 septembre 2009
Une blogueuse que je ne connaissais pas, Véro, propose une idée très sympa de communauté : "Musique, à coeur ouvert". Le principe : tous les mercredis, un thème est proposé. Hier, le thème était : "frisson". Il s'agit de proposer une musique qui nous évoque ce thème. Ainsi pour "frisson" : quelle est la musique qui nous fait hérisser les poils ?
Un membre de la communauté est ensuite désigné pour choisir le prochain thème par celui qui a proposé le thème.
Je suis en retard d'un jour, mais comme je trouve l'idée sympa, j'ai envie de jouer le jeu mais surtout envie de partager une musique qui me donne toujours des frissons :
Whitney Houston - I will always love you.

Par Lisa
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Vendredi 26 juin 2009


Je ne veux pas parler de l'homme, atteint du syndrome de Peter-Pan, mal dans sa peau et dans sa tête, éclaboussé par une sombre histoire de pédophilie dont on ne connaîtra sûrement jamais la vérité. Je ne suis pas une fan inconditionnelle, il ne m'a jamais vraiment fasciné.
Mais je veux simplement rendre hommage à l'artiste et à son talent, car il faut lui reconnaître le fait qu'il était un vrai maître de la pop. Il a fait des chansons excellentes, avait un immense sens du spectacle et de la mise en scène, a rendu des foules entières hystériques, et bien sûr avait une danse unique avec notamment le fameux "moon walk" inspiré du mime Marceau.

Marylin, James Dean, Elvis... Dommage que les grands talents aient souvent des vies aussi tragiques.



Par Lisa
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Mardi 14 avril 2009

Jusqu'à ce jour, je n'ai jamais parlé de mes deux garçons. Pourquoi ? J'avais honte ? Peur que l'on me plaigne ?

Tout cela un peu mélangé. Je crois, surtout, que c'était pour échapper à la question terrible : "qu'est ce qu'ils font ?". Aujourd'hui que le temps presse, que la fin du monde est proche et que je suis de plus en plus biodégradable, j'ai décidé de leur écrire un livre. Pour qu'on ne les oublie pas, qu'il ne reste pas d'eux seulement une photo sur une carte d'invalidité. Peut-être pour dire mes remords. Je n'ai pas été un très bon père. Souvent, je ne les supportais pas. Avec eux, il fallait une patience d'ange, et je ne suis pas un ange.
Grâce à eux, j'ai eu des avantages sur les parents d'enfants normaux. Je n'ai pas eu de soucis avec leurs études ni leur orientation professionnelle. Nous n'avons pas eu à hésiter entre filière scientifique et filière littéraire. Pas eu à nous inquiéter de savoir ce qu'ils feraient plus tard, on a su rapidement ce que ce serait : rien.

Et surtout, pendant de nombreuses années, j'ai bénéficié d'une vignette automobile gratuite. Grâce à eux, j'ai pu rouler dans des grosses voitures américaines.


Ce livre, c'est ce que j'appelle un petit bijou, vite lu mais qui marque. Un petit bijou parce qu'il arrive à exprimer avec humour quelque chose de lourd : être parent de deux enfants lourdements handicapés. Jean-Louis Fournier raconte le quotidien d'un père qui, jour et nuit, doit faire face au handicap de ses deux garçons ; et ce n'est pas facile, c'est même décourageant de se retrouver en face de mômes avec qui on ne pourra jamais avoir une conversation sensée, de se dire que l'avenir de nos enfants se réduit au néant, ce n'est pas facile de supporter le regard des gens, tantôt un regard trop compassionnel pour être sincère, tantôt le beau discours sur la tolérance de gens qui n'ont jamais eu un jour à s'occuper d'un enfant lourdement handicapé. Quand on vit ce quotidien, on a le droit d'en avoir marre de ces enfants-là, on a le droit de vouloir baisser les bras, on a le droit d'être triste et d'envier les autres parents d'enfants normaux. On a le droit de ne pas être un ange. N'en déplaise aux donneurs de leçons et aux bien-pensants.
Contrairement à ce qu'il pense, Jean-Louis Fournier a été un bon père, qui a fait de son mieux malgré sa douleur, car c'est une douleur que d'être parent d'enfant handicapé. Mais cette douleur est toujours racontée avec humour et tendresse.

Extraits :
Notre album de photos de famille est plat comme une limande. On n'a pas beaucoup de photos d'eux, on n'a pas envie de les montrer. Un enfant normal, on le photographie sous toutes les coutures, dans toutes les postures, à toutes les occasions ; on le voit souffler sa première bougie, faire ses premiers pas, prendre son premier bain. On le regarde, attendri. On suit pas à pas ses progrès. Un gosse handicapé, on n'a pas envie de suivre sa dégringolade.
(...) Cette année, des amis m'ont envoyé comme carte de voeux une photo d'eux entourés de leurs enfants. Tout le monde a l'air heureux, toute la famille rit. C'est une photo très difficile à réaliser pour nous. Il faudrait déjà faire rire Thomas et Mathieu sur commande. Quant à nous, les parents, nous n'avons pas toujours envie de rigoler.

Et puis je vois mal les mots "Bonne année" en anglaises dorées juste au-dessus des têtes hirsutes et cabossées de mes deux petits mioches. Ca risque de ressembler plus à une couverture de Hara-Kiri par Reiser qu'à une carte de voeux.

Beaucoup de parents et d'amis essayaient, souvent maladroitement, de nous rassurer. Chaque fois qu'ils le voyaient, ils se disaient étonnés des progrès qu'il faisait. Je me rappelle un jour leur avoir dit que moi, j'étais étonné des progrès qu'il ne faisait pas. Je regardais les enfants des autres.

Mathieu était mou. Il n'arrivait pas à tenir sa tête droite, comme si son cou était en caoutchouc. Tandis que les enfants des autres se redressaient, arrogants, pour réclamer à manger,  Mathieu restait allongé. Il n'avait jamais faim, il fallait une patience d'ange pour le faire manger, et souvent il vomissait sur l'ange.


"Où on va, papa ?"
-On va à Lourdes.
Thomas s'est mis à rire, comme s'il comprenait.
Ma grand-mère, assistée d'une dame d'oeuvres, a essayé de me convaincre d'aller à Lourdes avec mes deux garçons. Elle veut me payer le voyage. Elle espère un miracle.
C'est loin, Lourdes, douze heures de train avec deux mioches qu'on ne peut pas raisonner.
Ils seront plus sages au retour, a dit bonne-maman. Elle n'a pas osé dire "après le miracle".
De toute façon, il n'y aura pas de miracle. Si les enfants handicapés, comme je l'ai déjà entendu dire, sont une punition du Ciel, je vois mal la Sainte Vierge s'en mêler en faisant un miracle. Elle ne voudra certainement pas intervenir dans une décision prise en haut lieu.
Et puis là-bas, dans la foule, les processions, la nuit, je risque de les perdre et de ne plus jamais les retrouver.
Ce serait peut-être ça, le miracle ?

Par Lisa
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Mardi 24 mars 2009

La fatwa, c'est une condamnation à mort prononcée par un imam ou un ayatollah.
C'est aussi le titre d'un livre de Jacky Trevane, un livre violent. On dit des films que les images peuvent être violentes ; les mots aussi peuvent l'être, certains passages de ce livre ont été très durs à lire, je devais m'interrompre un instant de lire pour souffler un coup.


Ce livre retrace l'histoire d'une jeune femme britannique qui, il y a vingt ans de ça, à l'âge de 23 ans, est tombée amoureuse d'un égyptien, Omar, lors d'un séjour touristique. Mais il ne s'agit, malheureusement, pas d'une amourette de vacances ; il s'agit d'un calvaire qui va durer plusieurs années : Jacky est tombée dans les griffes d'une brute, dans un islam radical où les chiens sont mieux traités que les femmes. A peine 10 jours après leur rencontre, que Jacky décrit comme un vrai coup de foudre, Omar lui demande de l'épouser ; elle accepte. Elle repart en Angleterre pour tout plaquer, son travail et sa vie britannique ; ses parents la supplient de ne pas retourner en Egypte, convaincus qu'elle commet là une erreur ; mais Jacky, guidée par l'amour, retournera aux côtés de son tout nouveau mari.

Jacky a troqué une vie confortable en Angleterre contre une vie dans la misère en Egypte, qu'elle a tenté de cacher à ses parents pour ne pas les inquiéter. Mais arrive le jour où ces derniers veulent rendre visite à leur fille :
" Doux Jésus ! Ne me dis pas que tu as quitté l'Angleterre pour ça ? a dit mon père en faisant le tour de notre logement en hochant la tête.
Gênée par ses remarques, je me suis désespérément tournée vers maman. (...). Maman m'a suivie dans la deuxième chambre. J'avais poussé notre vieux lit dans un coin et collé un poster de Winnie l'ourson sur le mur. J'avais même emprunté des draps pour que mes parents en aient deux, ainsi qu'une couverture. Ma mère s'est tournée vers moi, une larme a coulé sur sa joue. (...)
- Ne sois pas triste, maman. C'est ma vie, c'est celle que j'ai choisie. Ca va bien".
En réalité, ça ne va pas du tout. Très vite, Omar n'a plus eu le visage du doux séducteur attentif ; il a révélé son autre facette : celle d'un mari brutal, violent, dangereux. Les scènes de violence conjugale se sont multipliées.
Après avoir eu une première petite fille dans de bonnes circonstances, les choses se sont gâtées lorsqu'elle a annoncé sa deuxième grossesse : c'était trop tôt pour avoir un deuxième enfant, et Omar a failli la tuer pour cela :

"- Nous allons avoir un autre bébé.
Il a mis un certain temps à mesurer la portée de ce que je venais de dire. C'était le calme avant la tempête. Il s'est levé tout à coup, m'a repoussée et a jeté le gateau par terre. Ses yeux lançaient d'inquiétants éclats. Il m'a agrippée par la robe, mise debout, jusqu'à ce que son visage frôle le mien.
- Tu es folle ! Il est hors de question que nous ayons un autre bébé maintenant. Nous n'avons pas d'argent, pas de meubles, pas de voiture, même pas un frigo pour avoir de l'eau fraîche. Il n'y aura pas de bébé !
Il a levé le poing et m'a frappée au visage. Le coup m'a propulsée à l'autre bout de la pièce. Je me suis écroulée contre notre table de fortune qui s'est renversée sur moi.
En colère, je me suis assise et, avec ma manche, j'ai essuyé le sang qui coulait de ma bouche. La rage s'est emparée de moi alors que je me relevais, toute tremblante.
- Comment oses-tu me frapper ? Comment oses-tu t'en prendre à moi à cause de ta propre négligence ? ai-je crié. Tu te crois fort quand tu me frappes, c'est ça ? Ca te fait du bien de me taper dessus ? Moi, je trouve que ça te donne l'air ridicule. Espèce de brute !
Je me suis baissée pour prendre un morceau du gateau qui gisait par terre.
- Et ce n'est pas haram de jeter la nourriture ? lui ai-je demandé. On dirait que, quand ça t'arrange, tu piétines les lois de l'islam.
Et je lui ai envoyé sa part de gateau à la figure. Il n'en revenait pas, jamais je ne lui avais parlé ainsi. Mais je m'en fichais. Je souffrais, au plus profond de mon être. Qu'avais-je à perdre ? Je me suis retournée et me suis laissée tomber sur une chaise. La douleur du coup qu'il m'avait porté commençait à se faire sentir. Je saignais tellement abondamment de la bouche que j'étais obligée d'avaler mon sang.
En une fraction de seconde, il est venu vers moi, m'a attirée vers lui et m'a frappée dans le dos. Je suis tombée en geignant. Il m'a emmenée dans la salle de bains et m'a versé de l'eau sur la tête avec un broc. Le sang s'est répandu sur mon visage et dans mes cheveux.
- Ma femme ne me parle pas comme ça ! a-t-il rugi. Et je n'ai pas de comptes à te rendre concernant l'islam. Tu vas me le payer !
Il m'a empoignée par les cheveux et m'a entraînée dans le salon. J'ai cru que mes oreilles se décollaient.  J'ai commencé à sangloter :
- Omar, je t'en prie, je suis désolée. Arrête !
Il m'a alors retournée pour me piétiner le ventre, quatre ou cinq fois. J'ai hurlé de douleur, mais j'ai tout de même trouvé la force de me traîner à genoux. Le fou furieux m'a alors agrippé les cheveux et frappée au visage comme je tentais de me relever. Je pleurais de douleur tellement j'avais mal au ventre, mais je cherchais toujours à fuir.
Il m'a arrêtée avant que j'atteigne la porte, a mis sa main sur mon cou et a serré. Je me suis débattue, mais c'était inutile : il était beaucoup trop fort. J'avais du mal à respirer, j'ai cru que ma tête allait exploser et j'ai soudain senti mon corps se dérober.
Comprenant qu'il allait me tuer, en un dernier sursaut, j'ai levé les mains et l'ai griffé à la gorge. Il m'a lâchée et a couvert son cou de ses mains en jurant. C'était le répit dont j'avais besoin. J'ai rapidement ouvert la porte et me suis mise à tambouriner désespérément à celle de Mervette [sa voisine].
Ce soir-là, c'est elle qui m'a sauvé la vie."

Après ce dramatique épisode, Jacky a bien entendu fait une fausse couche. Elle prendra un moyen de contraception, mais elle aura pourtant, quelque temps plus tard, une autre enfant, Amira ; une grossesse cette fois-ci demandée par Omar qui voulait un garçon et qui lui a donc demandé d'arrêter sa contraception.  

Pendant des années, elle va supporter le pire : les violences quotidiennes, l'humiliation, même le viol, par son beau-frère. Ce dernier étant très respecté dans la famille d'Omar, lorsque Jacky tentera de raconter ce viol à son mari, celui-ci ne la croira pas et, la traitant de menteuse, la frappera de plus belle.
Les choses s'aggravent lorsque Leila, la première petite fille de Jacky, âgée alors de 3 ans, a elle aussi son lot : au moindre bruit que cette enfant pourtant sage pouvait faire, elle recevait des claques. Un jour, elle est allée sur le balcon en tournant sur elle-même. Omar l'a immédiatement fait rentrer à l'intérieur et l'a violemment frappée avec une ceinture sur l'arrière des jambes jusqu'au sang.
Jacky a alors réagi : elle pouvait supporter les coups contre elle, mais il était hors de question qu'on touche à ses filles ; il fallait qu'elle les protège.
Dans le dos de son mari, avec l'aide précieuse de sa famille en Angleterre et de l'ambassade britannique, Jacky va organiser sa fuite,  semée d'embûches, ses deux enfants sous les bras.

Un livre-témoignage très poignant, violent aussi, où Jacky Trevane conclut :
"J'ai écrit ce livre pour deux raisons.
La première pour raconter les évènements qui ont abouti à la naissance de mes filles et à notre évasion, sur laquelle Leila et Amira ne m'ont que fort peu questionnée jusqu'à présent. Ce livre leur permettra d'en savoir davantage.
La deuxième pour alerter toutes ces filles romantiques qui rencontrent et tombent follement amoureuses d'un bel étranger. Attention ! Lisez et retenez mon histoire. Si je parviens à dissuader, grâce à ce livre, ne serait-ce qu'une seule d'entre vous de partir sous des cieux lointains, alors je ne l'aurais pas écrit en vain."
 
C'était il y a vingt ans. Mais Jacky vit toujours sous la menace de la fatwa prononcée contre elle après son évasion.

La même histoire a été vécue et racontée en 1986 par Betty Mahmoody dans "Jamais sans ma fille" : L'histoire d'une américaine qui va connaître le même enfer après avoir épousé un iranien.

Par Lisa
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Mardi 17 février 2009

Après avoir pris de la hauteur pour photographier à la fois la beauté de notre Terre, mais aussi sa fragilité et ses blessures, Yann Arthus Bertrand rejoint la terre ferme pour nous faire toucher du doigt la grande diversité des peuples qui habitent la planète, nous faire prendre conscience que nous avons tous notre vision de voir le monde et la vie, et qu'aucune ne peut prétendre être meilleure qu'une autre.
Yann Arthus Bertrand explique son projet  : "Nous vivons une période incroyable. Tout va à une vitesse folle. J'ai soixante ans, et quand je pense à la façon dont vivaient mes parents, ça me sidère. Nous avons aujourd'hui à notre disposition des outils de communication extraordinaires : nous pouvons tout voir et tout savoir, et la masse d'information en circulation n'a jamais été aussi grande. Tout cela est très positif. Pourtant (et c'est là qu'est l'ironie) nous connaissons toujours aussi peu nos voisins. Aujourd'hui cependant la seule démarche possible, c'est d'aller vers l'autre. Le comprendre. Car dans tous les combats à venir, que ce soit la pauvreté ou les changements climatiques, on ne pourra plus agir seuls. Le temps est révolu où l'on pouvait se permettre de ne penser qu'à soi, qu'à sa communauté restreinte. Désormais, il nous est impossible d'ignorer tout ce qui nous lie et les responsabilités que cela suppose".
C'est pourquoi, à travers 75 pays, pendant près de 5 ans,  6 reporters dont les réalisateurs Sibylle d'Orgeval et Baptiste Rouget-Luchaire, ont rencontré 5000 personnes et les ont interviewées dans 43 langues différentes sur la liberté, le bonheur, l'amour, la famille, la foi.... quelle place une Russe, un Malien, Une Américaine, un Chinois, ou encore une Française donnent-ils à ces valeurs universelles ? Ce projet a donné lieu à une exposition au Grand Palais à Paris, à plus de 20 heures de film (30 films) et aussi à un  livre présentant 500 portraits à travers le monde (aux éditions de la Martinière), dont voici quelques extraits :

Question : "Que représente la famille pour vous ?"
Laya, vit au Mali : La famille ici représente tout pour nous. La famille, c'est l'union des personnes nées de même père, de même mère, de la même lignée, du même sang. La famille élargie, c'est la grand-mère, le grand-père, l'oncle, la tante, les neveux, ici c'est que nous vivons. La famille c'est l'union, la solidarité, le respect entre nous ; on se complète. C'est ça la famille ici. Voilà pourquoi nous sommes jusqu'à présent attachés à rester en famille unie, mais je vois peu à peu venir la désunion de la famille, parce que chacun tend à s'en détacher pour former une famille nucléaire : le mari, sa femme et leurs enfants.
Vladimir, vit à Moscou, Russie : La famille, c'est cet endroit, ce petit nid d'amour où tu viens pour te reposer. L'homme est créé pour développer son amour envers l'autre. La famille est le premier champ d'essai. Il n'est pas intéressant de vivre seulement pour soi, c'est comme être une ampoule noire qui n'éclaire personne.
Penelope, vit en Australie : La famille a la capacité de vous influencer très profondément, très tôt, et de façon irréversible, de façon positive et négative. Elle a une influence sur vous dans le bon et dans le mauvais sens. Quand mon père a quitté ma mère j'étais adolescente, et il a reporté la faute sur moi. Il m'a blessée pour le restant de mes jours. Je ne m'en suis jamais remise. Ma mère s'est écroulée et elle en est morte. Mais je n'oublierai jamais ce que mon père m'a dit, le jour où il m'a annoncé son départ : que c'était ma faute. C'est pour cela que je pense que la famille a la capacité de vous faire du bien, mais elle peut aussi vous faire du mal de façon irréversible, car ce mal vient de quelqu'un que vous aimez ; même si vous ne l'appréciez pas, vous l'aimez, et ses paroles peuvent alors être profondément blessantes.
Elisabeth, vit en Antarctique : Pour moi la famille ça ne signifie pas grand chose. J'ai une famille inhabituelle : je suis une enfant unique et je n'ai moi-même pas d'enfant. Mon mari est également fils unique et n'a pas d'enfant non plus. En fait, ce n'est pas si important, parce que mes amis sont ma famille.

Question : qu'est-ce que l'amour signifie pour vous ?

Sofien, vit en France : Je ne suis jamais tombé amoureux, je vous assure, je ne suis jamais tombé amoureux. Peut-être quand j'étais jeune, mais depuis mes "trucs carcéraux", vous savez, je ne restais dehors que par intervalles de trois mois... Pour construire une relation, c'est compliqué. Ca fait que l'amour ... je ne connais pas l'amour. Tout ce que je sais de l'amour, c'est que ça fait très mal. C'est cool mais qu'est-ce que ça fait souffrir ! Je vois mes copains, qu'est-ce qu'ils en font ? D'un côté ce n'est pas plus mal parce que être en prison et laisser la femme que tu aimes dehors, c'est se poser des questions... Se poser des questions sur elle à chaque moment, c'est un souci de plus, c'est plein de questions en plus. Vive le célibat !

Pandiammal, vit au Tamil Nadu, Inde : Je n'ai écouté ni mon père ni ma mère, je me suis mariée par amour, de mon plein gré. Si je m'étais mariée selon leurs souhaits, ils nous aideraient. Et en ce qui concerne mes beaux-parents, il projetaient de trouver un bon parti pour leur fils. "Mais pourquoi s'est-il marié avec elle ?" disent-ils, et ils ne s'en remettent toujours pas. De mon côté, mes parents ne s'en remettent pas non plus.
Jean de Dieu, vit à Madagascar : Pour montrer mon amour à ma femme, tout d'abord je lui souris. Je dois la faire sourire aussi, et quand je la vois sourire, c'est qu'il y a déjà la paix en elle, alors là je suis convaincu qu'il y a de la joie. Quand elle sourit, c'est preuve de la joie.
Hajime, vit au Japon : Ca fait dix ans que nous sommes mariés, donc nous ne nous donnons plus la main, mais mon amour est de plus en plus fort, de jour en jour. Au Japon, on ne dit pas oralement "je t'aime", mais j'aime, ça veut dire que si on me dit de mourir pour ma femme et mes enfants, je peux probablement mourir, et je pense que c'est ça aimer quelqu'un.

Question : Qu'est-ce que le bonheur ? Etes-vous heureux ?

Darryl, vit à la Nouvelle-Orléans, Etats-Unis : Quand mon fils est né, j'étais dans la salle d'accouchement. J'étais à la fois nerveux et effrayé. J'avais à peine vingt ans.Quand j'ai vu la tête sortir, puis j'ai vu les épaules sortir, je ne pouvais plus rien faire. Je souriais, je riais, et j'ai vu son visage, même s'il était tout recouvert... J'ai vu en lui un petit peu de moi. Ca m'a fait rire parce que c'est ce que mon père avait vu, il était là quand je suis né. Je ressemble à mon père et mon fils me ressemble. Ca m'a rendu très très heureux.
Mario, vit à Buenos Aires, Argentine : J'ai eu plusieurs moments de bonheur. Etre à côté d'une montagne m'inspire plein de bonheur. C'est comme un contact avec l'infini, avec l'énormité de la nature et du monde. Un échange de regards avec ma femme est aussi un moment d'immense bonheur. Lorsque ta femme n'est pas seulement ta femme, mais qu'elle est aussi ton amie, et que votre dialogue marche bien, ce sont des moments de bonheur. Et même dans la douleur, quand il y a eu des décès dans la famille, quand il y a eu des maladies graves, ce regard c'est, c'était et (j'espère) continuera d'être un moment de grand bonheur.
Saideh, vit en Iran : La première fois qu'on devient mère. Et spécialement quand l'enfant bouge dans le ventre. J'avais un sentiment étrange qu'un autre être vivait à l'intérieur de moi, ces sensations-là ont créé du bonheur en moi.

Buddhi Maya, vit au Népal : Quand j'étais malade et que je ne pouvais pas travailler, mes beaux-parents me détestaient, j'ai alors demandé à mon mari de se remarier avec une autre femme pour qu'elle puisse travailler dans la maison, mais il m'a dit : "Ecoute-moi, tu es venue dans ma maison en quittant ta famille ; comment pourrais-je épouser une autre femme ? Je t'aime tellement !" Peu de temps après, j'ai eu un fils. C'était le moment le plus heureux de ma vie.

D'après votre expérience, qu'est-ce que la guerre ?

Nura, vit en Bosnie-Herzégovine : Toutes les conséquences de la guerre sont restées en moi. J'ai compris qu'en vingt-quatre heures, tout peut changer et que les esprits fous, les criminels, les dictateurs peuvent faire tout ce qu'ils veulent. C'est ce que j'ai appris avec la guerre. Et je ne crois plus à l'impossible. Car il est possible de tout faire en ce monde. C'est la leçon de cette guerre. Jusqu'à la guerre, la vie était tellement belle ! On était au XXe siècle, on vivait bien et je ne pouvais pas imaginer que de telles choses puissent arriver et que l'on puisse basculer dans un temps presque préhistorique, où la vie de l'homme ne vaut rien, où elle n'a plus aucune valeur.
Aghsam, vit dans les territoires palestiniens : La guerre, c'est la sauvagerie. C'est la haine qui créé la peur, toutes les choses mauvaises sont dans la guerre. Tout ce qui est bon disparaît, l'enfance s'en va, l'innocence s'en va, la beauté s'estompe. Et tout ce qui est bon en l'homme se réduit pour laisser le mal grandir en lui. L'homme bien se transforme en quelqu'un de mauvais, l'homme qui aime se met à haïr. La geurre éduque les hommes en criminels et en bourreaux.
Yehuda, vit en Israël : Je réfléchis sur ce que j'ai fait quand j'étais soldat. Nous étions 600.000 juifs en Israël, face à l'invasion de cinq pays arabes. Nous avions la gâchette facile, cela ne veut pas dire que nous mettions des gens devant un mur et que nous les abattions, mais parfois on tirait alors qu'il n'était pas nécessaire de tirer. Aujourd'hui je me réveille la nuit avec ce champ de bataille. Ca me tourmente réellement : est-ce que je devais appuyer sur la gâchette ou non ?

Rick, vit à Los Angeles, Etats-Unis : Mon père manque vraiment d'assurance, il essaie donc de paraître plus fort qu'il est, et il veut que je prétende être physiquement très fort. Quand je parle de mon expérience en Irak, quand je raconte que je devais "prendre soin" de certaines personnes, et que j'en tombais malade, mon père me dit toujours : "N'en parle à personne, ils n'ont pas besoin d'entendre ça ! Ils ont besoin d'entendre qu'un soldat est fort, qu'il est toujours grand, qu'il protège tout le monde. Ils ne veulent pas entendre les émotions, les pleurs, ou quoi que ce soit de ce genre !".
Denis, vit au Rwanda : Moi je n'en reviens pas du tout parce que durant toute mon enfance, mon adolescence, mon âge adulte, j'ai vu que les Rwandais cohabitaient dans la symbiose. Alors je ne sais d'où est venu le démon qui a semé la haine. Connaissant les Rwandais d'auparavant, je ne parviens pas à m'expliquer le génocide qui a exterminé des gens innocents.

Question : que représente la nature pour vous ?
Sovichea, vit au Cambodge : Avant il y avait quatre saisons : la saison des pluies, la saison sèche, la saison du vent frais et le printemps, comme dans les autres pays. Autrefois, la saison des pluies commençait début avril ou début mai, maintenant elle commence mi-mai ou fin mai et parfois il n'y a pas de pluie jusqu'en juillet. Et pendant la saison sèche, il fait maintenant trop chaud. Avant il faisait entre 33 et 35 °C, aujourd'hui les températures montent jusqu'à 40-42 °C à Phnom Penh. Et pendant la saison du vent frais il fait trop froid, le thermomètre peut descendre jusqu'à - 17 ° à Phnom Penh.
Jorge, vit au Brésil : Quand on essaie de détruire l'Amazonie et l'air qu'on respire, ainsi que l'eau qu'on boit, c'est une atteinte à notre liberté, on s'attaque à nous-mêmes. En s'attaquant à la nature, on s'attaque à nous-mêmes.
Pedro Luis, vit à Cuba : La nature, j'en ai entendu parler, mais je n'ai pas eu l'opportunité de m'y intéresser. Vu comment on vit à Cuba, on n'a pas le temps de penser à la nature. Tu n'as pas le temps de réaliser que tu es en train de jeter une boîte de conserve par terre, tu n'as pas le temps de réfléchir au fait qu'il ne faut pas jeter les ordures ailleurs que dans la poubelle. Les Cubains n'ont pas le temps de planter un arbre, ni même un arbuste, ils n'ont pas le temps. Ils prient pour qu'il pleuve, pour subsister, pour que les arbres poussent, pour qu'il y ait de quoi manger, pour qu'il y ait des fruits, tout ça, pour que les buissons soient jolis, mais ils ne se soucient pas d'agir par eux-mêmes. Il est très rare de voir quelqu'un prendre un arrosoir et arroser. Les Cubains ne font rien pour l'environnement.
Yasmine, vit à Los Angeles, Etats-Unis : La nature n'a pas une grande place dans ma vie, je ne fais jamais de randonnée, je ne vais pas à la montagne. En fait, j'ai peur des grosses montagnes, j'ai peur des océans, donc j'imagine qu'on peut aussi dire que j'ai peur de la nature, parce qu'elle est trop puissante. L'océan est si immense, les montagnes sont si gigantesques, et il y a tous ces animaux ... Pour être parfaitement honnête, je pense que j'ai peur de la nature.
Anatoli, vit en Sibérie, Russie : Dans le chamanisme, le temple, c'est ce qui nous entoure. Le dôme, c'est le ciel éternellement bleu, ce qui nous entoure, ce sont les attributs de tous les temples. L'homme moderne se trompe quand il entre dans un temple, il allume une bougie, prononce une prière et sort. Il pense qu'il a fait quelque chose de spirituel, puis il oublie ce qu'il a prononcé et demandé à Dieu. Quand nous nous trouvons dans notre temple, le temple universel de l'homme, nous nous sentons en union avec la nature. Le Baïkal sacré, les monts sacrés des Saïan, les cèdres sacrés, les bouleaux, les merisiers sauvages. Nous les Bouriates nous nous sentons partie de cette nature. Comment mal se comporter avec la nature lorsque nous en sommes une parcelle ? Tout a une âme, il faut tout traiter avec précaution.

Qu'est-ce que Dieu pour vous ?
Charlene, vit aux Etats-Unis : Oui je pense à honorer Dieu dans ma vie quotidienne. Pour être honnête avec vous, après être tombée malade, j'ai eu du mal à honorer mon Dieu. J'étais très très en colère contre lui mais cela ne m'a pas fait de bien, j'ai du revenir vers Lui. Aujourd'hui, je ne parle pas à Dieu comme j'avais l'habitude de le faire : je priais quotidiennement, je le remerciais pour mes bénédictions et lui demandais pardons pour mes péchés ... Je le fais encore plus ou moins chaque jour, mais je ne l'honore plus autant qu'avant.
Lysiane, vit à Tahiti : Personnellement, je crois en Dieu, mais je ne crois pas au Dieu qu'on nous a inculqué depuis notre plus tendre enfance ; c'est-à-dire le Dieu avec Jésus et Marie, et tout ça, toute l'éducation catholique... Je suis protestante, mais moi je crois beaucoup plus au dieu de la nature, je crois beaucoup plus au vent, à la pluie, au soleil, à l'oiseau qui passe. Bizarrement, il y a un petit oiseau avec un long bec qui longe toujours le littoral, au bord de la mer, il émet parfois un petit cri, et chaque fois que j'entends ce petit cri-là, il y a toujours une mauvaise nouvelle. C'est bizarre. Mais je crois en ça.
Houria, vit en Algérie : Je lui raconte des choses que je ne raconte à personne d'autre. En France ils peuvent se confier à un prêtre par exemple, et ce prêtre n'a pas le droit de raconter ce qu'on lui a dit. Nous, on n'a pas ça en Algérie. Si tu te confies à un imam il ne va pas t'écouter, alors tu te confies à Dieu. C'est le meilleur ami, à mon avis.
Agnès, vit aux Pays-Bas : Je pense que Dieu est assis sur une montagne. Comme les Dieux de l'Olympe dans l'Antiquité Grecque, mais disons que là, il n'y a plus qu'un Dieu. Et Il est en train de regarder ce putain de monde et Il est mort de rire. C'est un petit bonhomme très méchant, perfide et fainéant, qui est assis sur son cul et qui regarde comment le monde est en train de se casser la gueule.
Dominique, vit en France : Mon dieu c'est ma femme et il est superbe. Il me fait des sourires tous les matins, je crois que c'est la plus belle chose.
Gemdasu, vit en Papouasie Nouvelle-Guinée : Quand la religion est arrivée, tout ce que j'avais appris de mes ancêtres tumbuans a perdu sa valeur. Tout est confus pour moi dans la distinction entre le Bien et le Mal. Je crois en Dieu, mais je veux quand même être momifié après ma mort, selon nos lois tribales. C'est après ma mort que je saurai qui du christianisme ou de mes croyances tribales a raison. Je ne sais pas. Tout ce que je sais c'est que je dois me faire momifier et placer dans la grotte sous mon village. C'est ce que je veux.



Vous pouvez vous aussi participer au projet 6 milliards d'Autres en répondant au questionnaire sur le site www.6milliardsdautres.org

Par Lisa
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Lundi 9 février 2009

Bharati, qui signifie "à la recherche de la lumière" en hindi, est un spectacle musical qui réunit une troupe indienne de plus de 70 danseurs, sans compter les chanteurs et les musiciens. 
Sur des rythmes très entraînants, des danses tantôts sensuelles, tantôt dynamiques, sur fond de décors typiquement indiens et des costumes superbes, ce spectacle haut en couleurs met en scène une histoire d'amour impossible entre la belle Bharati et Siddharta.
La jeune fille vit en Inde avec son père ; un jour, son chemin croise celui de Siddharta, un ingénieur indien vivant aux Etats-Unis, revenu en Inde pour une mission professionnelle de traitement des eaux du Gange, le fleuve sacré. Entre eux deux, c'est le coup de foudre. Oui, mais voilà, dans ce Roméo et Juliette à la sauce indienne, Bharati est issue d'une famille indienne traditionnelle, où elle devrait normalement épouser l'homme que son père aura choisi pour elle ; Siddharta, lui, incarne l'Inde moderne, occidentalisée. Le père de Bharati s'oppose à leur union, souhaitant un indien tout ce qu'il y a de plus traditionnel pour sa fille. Seule solution pour Siddharta de pouvoir un jour demander la main de Bharati : renouer avec ses racines indiennes, sa culture et ses traditions.
Avec ce spectacle, on fait un véritable voyage en Inde, un pays dingue culturellement parlant, mêlant toujours tradition et modernité ; le cinéma bollywoodien produit pas moins de 900 films par an, soit 3 par jour, avec des actrices qui n'ont rien à envier aux bombes américaines ... Hollywood n'a qu'à bien se tenir !
J'ai tout simplement adoré ce spectacle majestueux.
La troupe joue actuellement au Palais des congrès de Paris jusqu'au 15 février ; elle passera ensuite à Lille les 18 et 19 février, Lyon les 21 et 22, Strasbourg les 25 et 26, Marseille les 28 février et 1er mars. Le DVD est prévu pour mars.
Depuis son lancement en 2006, le spectacle a séduit plus de 1,4 millions de spectateurs à travers le monde.




Bharati 2008
envoyé par inde

Par Lisa
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Mercredi 4 février 2009

Mariée de force en dessous de l'âge légal, abusée physiquement et sexuellement par son mari imposé, âgé de 30 ans, Nojoud Ali est la première petite yéménite à avoir osé défier, du haut de ses 10 ans, l'archaïsme des traditions de son pays, en demandant le divorce.
Dans les couloirs du tribunal de Sana'a, personne ne l'avait remarquée. Cela faisait des heures que Nojoud Ali, drapée dans un voile noir, attendait, en priant pour qu'une oreille attentive l'écoute. A midi, après dissipation de la foule, un juge s'étonna enfin de la présence de ce petit bout de femme recroquevillé sur le banc désormais vide. "Qu'est-ce que tu attends ?" lui demanda-t-il. "Mon divorce !" répondit la petite fille. A 10 ans, Nojoud fait partie de ces milliers de petites filles yéménites, mariées au plus jeune âge, selon de vieilles traditions tribales qui perdurent, essentiellement en province. Mais, fait exceptionnel, c'est la première fois qu'une (très) jeune mariée osa, le 2 avril 2008, se rebeller contre ces traditions. Jusqu'à entamer un procès contre son mari, Faez Ali Thamer, trois fois plus âgé qu'elle. Et à le gagner avec brio, grâce à une mobilisation sans précédent de défenseurs des droits de l'homme et de journaux locaux.
"Au début, j'avais honte d'en parler", murmure la petite fille haute comme trois pommes, "mais maintenant, je veux retourner à l'école et je veux étudier pour devenir avocate !" enchaîne-t-elle avec une étonnante maturité.

Le soir des noces, c'est la fête pour Nojoud, qui ne réalise pas bien ce qui lui arrive. "On m'a offert trois robes pour mon mariage, deux jaunes et une marron. Elles étaient très jolies", se souvient-elle. Cette fan des jeux de cache-cache qui aime le chocolat, comme la plupart des filles de son âge, n'avait qu'un seul rêve : "ressembler à une tortue, pour me glisser dans l'eau, car je ne suis jamais allée au bord de la mer". Le mariage, elle ne savait pas trop bien ce que cela signifiait, à l'exception des cadeaux qui viennent avec et d'une maison toute neuve. Ce n'est qu'une fois arrivée au nouveau domicile conjugual , dans le village de Wadi La'a, qu'elle prend conscience de son calvaire. Après lui avoir indiqué la chambre à coucher, son mari ne tarde pas à lui faire comprendre ses intentions. "Il a voulu que l'on dorme dans le même lit. J'ai refusé et il s'est mis à me courir après. Il a fini par me rattraper et me faire des choses sales et désagréables", raconte-t-elle. Chaque soir, à la nuit tombée, le même scénario se reproduit : "dés qu'il rentrait du travail, ça recommençait. Je pleurais en le suppliant de me laisser seule. Il me tapait avec un bâton . J'avais beau crier, personne ne pouvait m'entendre". 
Quelques semaines plus tard, elle se resigne à en parler à ses parents lors d'une visite à Sana'a, mais ils font la sourde oreille. "Mes cousins m'auraient tué si je déshonorais la famille en demandant le divorce pour ma fille", répond le père, engoncé dans sa tunique blanche. Nojoud, elle, refuse de baisser les bras. A force de frapper à toutes les portes, elle finit par être conseillée, un mois plus tard, par l'une de ses tantes : "va au tribunal", lui lance-t-elle en lui glissant quelques pièces dans le creux de la main. Juste de quoi se payer le bus pour aller jusqu'au tribunal. 

Dans ce bâtiment si impressionnant, Nojoud se sent perdue. Interpellé par le courage et la détresse de la petite fille, Mohammed al-Ghadhi, le juge, décide de l'héberger chez lui pendant trois jours, et de placer le père et le mari en détention provisoire. Mais la demande de divorce, unique en son genre, n'est pas facile à régler. «Selon les mœurs yéménites, où les règles tribales ont souvent la priorité sur la loi en vigueur, ce genre d'affaires est d'habitude étouffé», confie l'avocate Chadha Nasser, qui se porta volontaire pour défendre Nojoud. Cette spécialiste des droits de l'homme s'en remet alors à son intuition. Le jour du procès, elle convoque les associations féministes et la presse. Le sujet fait la une du quotidien Yemen Times. Sous la pression de l'opinion publique, le divorce est finalement prononcé. Un tabou est brisé. «Ce procès a enfoncé une porte fermée», se réjouit Chadha Nasser. Depuis, une petite dizaine d'autres filles ont osé entamer des procédures judiciaires contre leur mari.

(source : Le Figaro du 26.06.2008).

Nojoud publie aujourd'hui un livre où elle raconte son histoire : "Moi, Nojoud, 10 ans, divorcée", avec la collaboration de Delphine Minoui, journaliste au Figaro,. Les droits d'auteur seront intégralement reversés sur un compte bancaire ouvert au nom de Nojoud, et devraient l'aider à financer ses futures études pour devenir avocate : "quand je serai grande, je veux défendre les gens opprimés, comme Chadha ! [son avocate]".



Par Lisa
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Vendredi 2 janvier 2009

Un livre que j'ai dévoré, adoré, et par conséquent que je ne peux que vous conseiller si vous cherchez des idées de lecture ...

6000 km à pied et sans argent, de Paris à Jérusalem. En marchant et en demandant le gîte et le couvert, Mathilde et Edouard Cortès se sont donné la main pendant 6000 km. Jeunes mariés, ils ont fait le pari que l'amour et la confiance leur feraient vaincre tous les obstacles.

Paris, 17 juin 2007, Mathilde et Edouard partent en voyage de noces... à pied. Ils ont en tête le rêve fou de rallier Jérusalem, sans un sou en poche, dans une volonté de dépouillement, à la manière des pélerins du Moyen-Age. Leurs besaces sont légères pour permettre à leurs pensées de s'envoler.
Des Alpes aux forêts des Balkans, des steppes d'Asie Mineure aux eaux du Jourdain, Edouard et Mathilde cheminent à travers 14 pays, gravissant des montagnes, traversant des régions en guerre, franchissant des zones désertiques, dormant à la belle étoile... Dans ce grand trek, des étapes aux noms mythiques : Vézelay, Vérone, Mostar, Istambul, Alep, Damas.
Découvrir les autres, ils y sont forcés pour survivre, puisqu'il faut, chaque jour, trouver celui qui leur offrira de quoi se nourrir. Du forestier jurassien au berger croate, de la fillette serbe du Kosovo au diamantaire turc, du derviche de Cappadoce à l'espion syrien, les rencontres sont belles, enrichissantes, souvent étonnantes... même si certaines leur réservent de bien mauvaises surprises. Dans l'adversité, Mathilde et Edouard apprenent à mieux se connaître et à s'aimer malgré leurs faiblesses.

Les deux jeunes gens forcent leurs limites pour atteindre leur but. Le récit de leurs 8 mois de rencontres, de solitude, de faim souvent, de peur parfois, constitue une extraordinaire et authentique aventure humaine et intérieure.

 

Qui sont-ils ?

Mathilde et edouard Cortès ont 28 ans et se sont mariés en juin 2007. Journaliste reporter d'images, Edouard a déjà publié plusieurs livres et réalisé des films sur ses aventures. Mathilde a été volontaire de solidarité internationale pendant 2 ans au Cameroun avant d'être chargée de mission dans une ONG à paris. Ils attendent leur premier enfant.

On plonge dans ce livre, et on le dévore ; ils nous emmènent avec eux dans leur périple fou, et on a envie de les suivre.

Si j'aime ce livre, c'est aussi parce que, pour une fois, au milieu de nos médias qui nous abreuvent de violence, de sexe et de modes futiles et éphémères, voilà enfin une histoire qui nous parle de Foi, de courage, et d'un couple qui s'aime, qui est croyant, qui a décidé de partir à la recherche d'une vérité, la leur, celle qu'on ne peut trouver qu'en soi et dans la rencontre avec l'autre. J'aime ce livre parce qu'il nous change des gens qui ne se parlent plus, ne se regardent plus, s'agressent et prennent des pilules pour dormir, coupés des autres et coupés du monde. Edouard et Mathilde Cortès, eux, redonnent un vrai sens aux mots : partage, rencontre, amour et foi.

Par Lisa
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Mardi 25 novembre 2008

Comme beaucoup d'entre nous je pense, j'ai un livre qui ne quitte pas ma table de chevet. Ce livre, c'est le Petit Prince, oeuvre la plus connue et sans doute la plus belle d'Antoine de Saint-Exupéry. Qui ne connaît pas ce Petit Prince qui reste bien perplexe devant le comportement absurde des "grandes personnes", au fil de ses rencontres avec un roi dont la logique est de "régner sur", avec un vaniteux qui ne cherche qu'à être acclamé, un buveur qui boit "pour oublier qu'il a honte de boire", un businessman qui ne cesse de répéter "je suis un homme sérieux, moi" devant ses additions, l'allumeur de réverbère, que le Petit Prince aime bien parce que c'est le seul à s'occuper d'autre chose que de lui-même, ou encore avec un géographe qui ne connait rien de sa propre planète, et enfin avec le narrateur, cet aviateur en panne dans le désert, qui nous fait découvrir ce petit bonhomme à travers le célèbre conte philosophique et poétique. J'ai envie de vous faire partager mes passages préférés.

 

 

J'ai de sérieuses raisons de croire que la planète d'où venait le petit prince est l'astéroïde B 612. Cet astéroïde n'a été aperçu qu'une fois au télescope, en 1909, par un astronome turc. Il avait fait alors une grande démonstration de sa découverte à un Congrès International d'Astronomie. Mais personne ne l'avait cru à cause de son costume. Les grandes personnes sont comme ça.

Heureusement pour la réputation de l'astéroïde B 612, un dictateur turc imposa à son peuple, sous peine de mort, de s'habiller à l'Européenne. L'astronome refit sa démonstration en 1920, dans un habit très élégant. Et cette fois-ci, tout le monde fut de son avis.

Si je vous ai raconté ces détails sur l'astéroïde B 612 et si je vous ai confié son numéro, c'est à cause des grandes personnes. Les grandes personnes aiment les chiffres. Quand vous leur parlez d'un nouvel ami, elles ne vous questionnent jamais sur l'essentiel. Elles ne vous disent jamais : "Quel est le son de sa voix ? Quels sont les jeux qu'il préfère ? Est-ce qu'il collectionne les papillons ?" Elles vous demandent : "Quel âge a-t-il ? Combien a-t-il de frères ? Combien pèse-t-il ? Combien gagne son père ?" Alors seulement elles croient le connaître. Si vous dites aux grandes personnes : "J'ai vu une belle maison en briques roses, avec des géraniums aux fenêtres et des colombes sur le toit..." elles ne parviennent pas à s'imaginer cette maison. Il faut leur dire : "J'ai vu une maison de cent mille francs". Alors elles s'écrient : "Comme c'est joli !".

Ainsi, si vous leur dites : "la preuve que le petit prince a existé c'est qu'il était ravissant, qu'il riait, et qu'il voulait un mouton. Quand on veut un mouton, c'est la preuve qu'on existe" elles hausseront les épaules et vous traiteront d'enfant ! Mais si vous leur dites : "La planète d'où il venait est l'astéroïde B 612" alors elles seront convaincues, et elles vous laisseront tranquille avec leurs questions. Elles sont comme ça. Il ne faut pas leur en vouloir. Les enfants doivent être très indulgents envers les grandes personnes.


 

Il me demanda avec brusquerie, sans préambule, comme le fruit d'un problème longtemps médité en silence : 

- Un mouton, s'il mange les arbustes, il mange aussi les fleurs ? 

- Un mouton mange tout ce qu'il rencontre

-Même les fleurs qui ont des épines ? 

-Oui. Même les fleurs qui ont des épines.

- Alors, les épines, à quoi servent-elles ? 

Je ne le savais pas. J'étais alors très occupé à essayer de dévisser un boulon trop serré de mon moteur. J'étais très soucieux car ma panne commençait de m'apparaître comme très grave, et l'eau à boire qui s'épuisait me faisait craindre le pire.
- Les épines, à quoi servent-elles ? 

Le petit prince ne renonçait jamais à une question, une fois qu'il l'avait posée. J'étais irrité par mon boulon et je répondis n'importe quoi :

- Les épines, ça ne sert à rien, c'est de la pure méchanceté de la part des fleurs !

- Oh !

Mais après un silence il me lança, avec une sorte de rancune : 

- Je ne te crois pas ! Les fleurs sont faibles. Elles sont naïves. Elles se rassurent comme elles peuvent. Elles se croient terribles avec leurs épines...

Je ne répondis rien. A cet instant-là je me disais : "si ce boulon résiste encore, je le ferai sauter d'un coup de marteau".

Le petit prince dérangea de nouveau mes réflexions : 

- Et tu crois, toi, que les fleurs...

- Mais non ! Mais non ! Je ne crois rien ! J'ai répondu n'importe quoi. Je m'occupe, moi, de choses sérieuses !

Il me regarda stupéfait.

- De choses sérieuses ! 

Il me voyait, mon marteau à la main, et les doigts noirs de cambouis, penché sur un objet qui lui semblait très laid.

- Tu parles comme les grandes personnes ! 

Ca me fit un peu honte. Mais, impitoyable, il ajouta : 

- Tu confonds tout ... tu mélanges tout ! 

Il était vraiment très irrité. Il secouait au vent des cheveux tout dorés : 

- Je connais une planète où il y a un Monsieur cramoisi. Il n'a jamais respiré une fleur. Il n'a jamais regardé une étoile. Il n'a jamais aimé personne. Il n'a jamais rien fait d'autre que des additions. Et toute la journée il répète comme toi : "Je suis un homme sérieux ! Je suis un homme sérieux !" et ça le fait gonfler d'orgueil. Mais ce n'est pas un homme, c'est un champignon ! 

- Un quoi ?

- Un champignon ! 

Le petit prince était maintenant tout pâle de colère. 

- Il y a des millions d'années que les fleurs fabriquent des épines. Il y a des millions d'années que les moutons mangent quand même les fleurs. Et ce n'est pas sérieux de chercher à comprendre pourquoi elles se donnent tant de mal pour se fabriquer des épines qui ne servent jamais à rien ? Ce n'est pas important la guerre des moutons et des fleurs ? Ce n'est pas plus sérieux et plus important que les additions d'un gros Monsieur rouge ? Et si je connais, moi, une fleur unique au monde, qui n'existe nulle part, sauf dans ma planète, et qu'un petit mouton peut anéantir d'un seul coup, comme ça, un matin, sans se rendre compte de ce qu'il fait, ce n'est pas important ça ! 

Il rougit puis repris : 

- Si quelqu'un aime une fleur qui n'existe qu'à un exemplaire dans les millions et les millions d'étoiles, ça suffit pour qu'il soit heureux quand il les regarde. Il se dit : "ma fleur est là quelque part...." Mais si le mouton mange la fleur, c'est pour lui comme si, brusquement, toutes les étoiles s'éteignaient ! Et ce n'est pas important ça !

Il ne put rien dire de plus. Il éclata brusquement en sanglots. La nuit était tombée. J'avais lâché mes outils. Je me moquais bien de mon marteau, de mon boulon, de la soif et de la mort. Il y avait, sur une étoile, une planète, la mienne, la Terre, un petit prince à consoler ! Je le pris dans mes bras. Je le berçai. Je lui disais : "La fleur que tu aimes n'est pas en danger... Je lui dessinerai une muselière, à ton mouton... Je te dessinerai une armure pour ta fleur... Je..." Je ne savais pas trop quoi dire. Je me sentais très maladroit. Je ne savais comment l'atteindre, où le rejoindre... C'est tellement mystérieux, le pays des larmes.


 

Le petit prince, une fois sur terre, fut donc bien surpris de ne voir personne. Il a avait déjà peur de s'être trompé de planète, quand un anneau couleur de lune remua dans le sable.

- Bonne nuit, fit le petit prince à tout hasard.

- Bonne nuit, fit le serpent.

- Sur quelle planète suis-je tombé ? demanda le petit prince

- Sur la Terre, en Afrique, répondit le serpent.

- Ah !... Il n'y a donc personne sur la Terre ?

- Ici, c'est le désert. Il n'y a personne dans les déserts. La Terre est grande, dit le serpent.

Le petit prince s'assit sur une pierre et leva les yeux vers le ciel :

- Je me demande, dit-il, si les étoiles sont éclairées afin que chacun puisse un jour retrouver la sienne. Regarde ma planète. Elle est juste au-dessus de nous... Mais comme elle est loin !

- Elle est belle, dit le serpent. Que viens-tu faire ici ?

- J'ai des difficultés avec une fleur, dit le petit prince.

- Ah ! fit le serpent.

Et ils se turent.

- Où sont les hommes ? repris enfin petit prince. On est un peu seul dans le désert...

- On est seul aussi chez les hommes, dit le serpent.

Le petit prince le regarda longtemps :

- Tu es une drôle de bête, lui dit-il enfin, mince comme un doigt...

- Mais je suis plus puissant que le doigt d'un roi, dit le serpent.

Le petit prince eut un sourire :

- Tu n'es pas bien puissant... tu n'as même pas de pattes... tu ne peux même pas voyager...

- Je puis t'emporter plus loin qu'un navire, dit le serpent.

Il s'enroula autour de la cheville du petit prince, comme un bracelet d'or :

- Celui que je touche, je le rends à la terre dont il est sorti, dit-il encore. Mais tu es pur et tu viens d'une étoile...

Le petit prince ne répondit rien.

- Tu me fais pitié, toi si faible, sur cette Terre de granit. Je puis t'aider un jour si tu regrettes trop ta planète. Je puis ...

- Oh ! J'ai très bien compris, fit le petit prince, mais pourquoi parles-tu toujours par énigmes ?

- Je les résous toutes, dit le serpent.


- J'ai soif aussi, cherchons un puits...

J'eus un geste de lassitude : il est absurde de chercher un puits, au hasard, dans l'immensité du désert. Cependant nous nous mîmes en marche.

Quand nous eûmes marché, des heures, en silence, la nuit tomba, et les étoiles commencèrent de s'éclairer. Je les apercevais comme en rêve, ayant un peu de fièvre, à cause de ma soif. Les mots du petit prince dansaient dans ma mémoire :

- Tu as donc soif, toi aussi ? lui demandais-je.

Mais il ne répondit pas à ma question. Il me dit simplement :

- L'eau peut aussi être bonne pour le coeur...

Je ne compris pas sa réponse mais je me tus... Je savais bien qu'il ne fallait pas l'interroger.

Il était fatigué. Il s'assit. Je m'assis auprès de lui. Et, après un silence, il dit encore :

- Les étoiles sont belles, à cause d'une fleur que l'on ne voit pas...

Je répondis "bien sûr" et je regardai, sans parler, les plis du sable sous la lune.

- Le désert est beau, ajouta-t-il...

Et c'était vrai. J'ai toujours aimé le désert. On s'asseoit sur une dune de sable. On ne voit rien. On n'entend rien. Et cependant quelque chose rayonne en silence...

- Ce qui embellit le désert, dit le petit prince, c'est qu'il cache un puits quelque part...

Je fus surpris de comprendre soudain ce mystérieux rayonnement du sable. Lorsque j'étais petit garçon, j'habitais une maison ancienne, et la légende racontait qu'un trésor y était enfoui. Bien sûr, jamais personne n'a su le découvrir, ni peut-être même ne l'a cherché. Mais il enchantait toute cette maison. Ma maison cachait un secret au fond de son coeur...

- Oui, dis-je au petit prince, qu'il s'agisse de la maison, des étoiles ou du désert, ce qui fait leur beauté est invisible !

- Je suis content, dit-il, que tu sois d'accord avec mon renard.

Comme le petit prince s'endormait, je le pris dans mes bras, et me remis en route. J'étais ému. Il me semblait porter un trésor fragile. Il me semblait même qu'il n'y eût rien de plus fragile sur la Terre. Je regardais, à la lumière de la lune, ce front pâle, ces yeux clos, ces mèches de cheveux qui tremblaient au vent, et je me disais : ce que je vois là n'est qu'une écorce. Le plus important est invisible...

Comme ses lèvres entr'ouvertes ébauchaient un demi-sourire je me dis encore : "Ce qui m'émeut si fort de ce petit prince endormi, c'est sa fidélité pour une fleur, c'est l'image d'une rose qui rayonne en lui comme la flamme d'une lampe, même quand il dort..." Et je le devinai plus fragile encore. Il faut bien protéger les lampes : un coup de vent peut les éteindre...

Et, marchant ainsi, je découvris le puits au lever du jour.


Lentement, je hissai le seau jusqu'à la margelle. Je l'y installai bien d'aplomb. Dans mes oreilles durait le chant de la poulie et, dans l'eau qui tremblait encore, je voyais trembler le soleil.

- J'ai soif de cette eau-là, dit le petit prince, donne-moi à boire...

Et je compris ce qu'il avait cherché !

Je soulevai le seau jusqu'à ses lèvres. Il but, les yeux fermés. C'était doux comme une fête. Cette eau était bien autre chose qu'un aliment. Elle était née de la marche sous les étoiles, du chant de la poulie, de l'effort de mes bras. Elle était bonne pour le coeur, comme un cadeau. Lorsque j'étais petit garçon, la lumière de l'arbre de Noël, la musique de la messe de minuit, la douceur des sourires faisaient ainsi tout le rayonnement du cadeau de Noël que je recevais.


"On ne voit bien qu'avec le coeur. L'essentiel est invisible pour les yeux"...

Par Lisa
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