On parle beaucoup, ces derniers temps, de cette maladie assez terrible qui vole les souvenirs les plus précieux et les plus beaux... Lynda
Lemay, une chanteuse dont je suis une grande "fan" (comme on dit), a mis des mots sur cette maladie, et en écoutant l'album tout à l'heure, j'ai eu envie de mettre sur ce blog les paroles de
cette chanson :
Tu t'appelles Marguerite,
Je t'appelle encore "la voisine d'en face",
Quand on était petites,
Tu étais la plus jolie de la classe
On revenait de l'école à bicyclette,
On se planquait dans le sous-sol pour se faire en cachette
Nos petites confidences de fillettes.
Tu t'appelles Marguerite,
J'ai nos 23 Juins au fond du coeur
On vidait nos pupitres,
On faussait un "adieu m'sieur le professeur",
Puis on courait se mettre en maillots de bain, On plantait l'arrosoir au fond du jardin,
Pour rire sous les gouttelettes, puis enfin On regardait de loin
Le soleil se coucher,
On riait un peu moins,
On était fatiguées.
On disait : regarde bien, le ciel est tout rosé :
Il fera beau demain, faudra en profiter.
On a la jeunesse et la chance
D'avoir une bonne amie d'enfance.
L'enfance a pris la fuite,
La révolte t'a frappée de plein fouet,
Aurais-tu eu trop vite
Onze ans et plus de courbes qu'il n'en fallait ?
Tes parents dormaient sur leurs deux oeillères,
Rêvant d'une honorable et belle carrière,
Pour toi la tendre chair de leurs chairs.
Tes rêves étaient précis,
T'avais ta liberté à conquérir
Tu avais tant fleuri
Tu sentais le bon coeur prêt à cueillir
Les garçons se ruaient sur tes rondeurs,
Et j'en ai vu plus d'un te tirer des pleurs,
Mais on riait sous des gouttelettes, puis enfin On regardait de loin
Le soleil se coucher
On riait un peu moins on était fatiguées.
On disait : regarde bien, le ciel est tout rosé :
Il fera beau demain, faudra en profiter.
On a la jeunesse et la chance
D'avoir une bonne amie d'enfance
Puis un beau soir t'as fait ta valise,
T'as dit "je suis prête",
On s'est promis toutes sortes de bêtises
En riant sous des tonnes de gouttelettes,
On a regardé de loin le soleil se coucher,
On parlait un peu moins, on était fatiguées.
On a dit : regarde bien, le ciel est tout rosé,
Il fera beau demain, faudra en profiter...
...Puis tu es partie dans le silence,
Ma bonne et seule amie d'enfance.
Tu t'appelles Marguerite,
Je t'appelle encore "la voisine d'en face",
T'as la chambre 108,
T'es toujours la plus jolie de la place,
T'as eu quelque mari et trois enfants
Qui viendront peut-être à Pâques ou au jour de l'An...
Mais t'as moins de visites, depuis que ta mémoire a foutu le camp...
Quand le hasard a jeté nos vieux corps
Dans le même corridor,
J'ai senti monter sous mes lunettes
Comme une petite marée de gouttelettes...
On regardera encore le soleil se coucher,
Et si jamais tu t'endors, si t'es trop fatiguée,
Je te dirais " regarde bien : le ciel est tout rosé,
Il fera beau demain, faudra en profiter"
Mais tant que tu ne pars pas dans le silence,
Je vais te remémorer ton enfance :
Tu t'appelles Marguerite,
Je t'appelle encore "la voisine d'en face"
Quand on était petites,
Tu étais la plus jolie de la classe...
Cette chanson là est la première de l'album. A la fin du même disque, Lynda Lemay a voulu donner la parole à cette Marguerite, pour lui laisser dire sa version de ces retrouvailles d'amies
d'enfance :
Je m'appelle Marguerite
Les minutes s'égrennent,
Les heures et les semaines filent en fumée
Faudrait que je me souvienne
Je ne peux plus m'arrêter d'oublier
J'ai oublié l'adresse de ma maison,
J'ai oublié ma veste à la réflexion,
J'ai peu qu'il ne me reste qu'un prénom :
Je m'appelle Marguerite
Mais quel est ce village que je traverse
Je vais marcher plus vite,
J'ai peur que le gros nuage échappe une averse
J'ai rencontré 2 ou 3 inconnus,
Des petits effrontés qui m'ont dit "salut",
Est-ce que je les connaissais ? Je ne sais plus.
Je regarde de loin
Le soleil se coucher,
Je ne sais plus mon chemin,
Je me sens fatiguée
Si je me rappelle bien,
Quand le ciel est tout rosé,
C'est qu'il fera beau demain :
Je voudrais en profiter,
Mais j'ai de l'esprit en absence :
J'ai plus d'amis, j'ai plus d'enfance.
Mes heures s'entretuent,
Mon coeur a des secrets qui me tenaillent
Mon corps ne sait même plus
Si quelqu'un a germé dans ses entrailles,
J'ai perdu la notion du temps qui passe
Je me mire dans une vitrine comme dans une glace :
J'ai pas trop mauvaise mine, mais hélas :
J'ai les cheveux en bataille,
J'ai oublié de soigner ma coiffure
J'ai même pas mon chandail
J'ai qu'une chemise de nuit en pleine nature,
Mais qui donc est cette femme d'âge mûr
Qui se dépêche à descendre d'une voiture,
Qui m'agrippe le bras et murmure :
"Ne vois-tu pas de loin
Le soleil se coucher,
Il est tard, allez viens
T'es sûrement fatiguée"
Elle me dit : "regarde bien, le ciel est tout rosé
Il fera beau demain faudra en profiter,
Je t'ai retrouvée, t'as de la chance,
Mais faudrait pas que tu recommences"
Elle m'a inventé toute une enfance,
Là sur la banquette
Elle m'a ramené à ma résidence, à ma chambre
Et enfin, de ma fenêtre
On a regardé de loin le soleil se coucher
On parlait un peu moins, on était fatiguées
On a dit : regarde bien, le ciel est tout rosé,
Il fera beau demain, faudra en profiter...
Et là, je l'ai reconnue, je pense :
Ma bonne et seule amie d'enfance...
Les minutes s'en vont,
Prennent mes souvenirs comme en otage
J'ai le sommeil d'un poupon
Mais la nuit noire blanchit mes images,
Je me réveille une photo entre les mains :
Deux petites filles qui courent au bord d'un jardin
Mais qui sont ces enfants ?
C'est fou ce que ma mémoire a foutu le camp...
J'entends glisser dans le corridor
De molles chaussures
Et comme une vie sur mon cerveau mort,
Y'a la voix de cette femme qui murmure :
"On regardera encore le soleil se coucher
Et si jamais tu t'endors, si t'es trop fatiguée,
Je te dirais : regarde bien le ciel est tout rosé
Il fera beau demain faudra en profiter,
Mais tant que tu ne pars pas dans le silence
Je vais te remémorer ton enfance.
Tu t'appelles Marguerite,
Je t'appelle encore "la voisine d'en face",
Quand on était petites,
Tu étais la plus jolie de la classe....."
Tous les textes de Charles Aznavour sont de vrais bijoux. Et qui d'autre mieux que le "grand Charles" peut parler de sujets tels que
l'homosexualité ? Parmi tous les trésors qu'il écrit, si je ne devais choisir qu'une seule chanson, ce serait probablement soit celle-là, soit "la mamma".
"J'habite seul avec maman
Dans un très vieil appartement,
rue Sarasate
J'ai pour me tenir compagnie
Une tortue deux canaris
et une chatte.
Pour laisser maman reposer
Très souvent je fais le marché
et la cuisine
Je range, je lave, j'essuie,
A l'occasion je pique aussi
à la machine.
Le travail ne me fait pas peur
Je suis un peu décorateur
un peu styliste
Mais mon vrai métier c'est la nuit.
Je l'exerce en travesti,
je suis artiste.
Jai un numéro très spécial
Qui finit en nu intégral
après strip-tease,
Et dans la salle je vois que
Les mâles n'en croient pas leurs yeux.
Je suis un homo comme ils disent.
Vers les trois heures du matin
On va manger entre copains
de tous les sexes
Dans un quelconque bar-tabac
Et là on s'en donne à cœur joie
et sans complexes
On déballe des vérités
Sur des gens qu'on a dans le nez,
on les lapide.
Mais on le fait avec humour,
Enrobé dans des calembours
mouillés d'acide
On rencontre des attardés
Qui, pour épater leurs tablées,
marchent et ondulent
Singeant ce qu'ils croient être nous
Et se couvrent, les pauvres fous,
de ridicule
Ça gesticule et parle fort.
Ça joue les divas, les ténors
de la bêtise.
Moi les lazzi, les quolibets
Me laissent froid puisque c'est vrai,
Je suis un homo comme ils disent.
A l'heure où naît un jour nouveau
Je rentre retrouver mon lot
de solitude.
J'ôte mes cils et mes cheveux
Comme un pauvre clown malheureux
de lassitude.
Je me couche mais ne dors pas
Je pense à mes amours sans joie
si dérisoires.
A ce garçon beau comme un Dieu
Qui sans rien faire a mis le feu
à ma mémoire.
Ma bouche n'osera jamais
Lui avouer mon doux secret,
mon tendre drame
Car l'objet de tous mes tourments
Passe le plus clair de son temps
au lit des femmes.
Nul n'a le droit en vérité
De me blâmer de me juger,
et je précise
Que c'est bien la nature qui
Est seule responsable si
Je suis un "homme oh" comme ils disent"...
Pour ce long week-end de Pâques, trouvez vingt petites minutes pour vous poser un peu, le temps de savourer ce moment de bonheur pur : les
Variations Goldberg jouées par Daniel Barenboïm, et avis aux amateurs : sur un piano Steinway, la meilleure facture de piano au monde (eh non, ce n'est pas Pleyel !)... Je ne sais pas vous, mais
moi cette musique, elle me parle, elle me fait du bien, me rend heureuse... Et j'ai aussi envie de dire que les notes de musique qui s'enchaînent, qui s'envolent vers l'horizon, constituent le seul
langage qui ait échappé à la tour de Babel, celui à travers lequel tout le monde peut se comprendre... Cela prend d'ailleurs tout son sens avec Bareinboïm....
Entre classique et jazz, mon coeur balance souvent, mais là c'est un vrai moment de plaisir ; ouvrez grand vos oreilles et votre coeur, et
laissez-vous transporter...
Bon week-end de Pâques à tous, et n'abusez pas du chocolat !