Une réflexion d'Yves Duteil, que je trouve vraiment très intéressante, et qui a le mérite de nous inviter à nous interroger sur nos
sociétés où tout doit aller de plus en plus vite. A mon sens, on peut faire plein de choses, avoir des journées bien remplies, et être productif tout en prenant le temps de se consacrer à
chaque chose entreprise ; ça évite aussi de bâcler ; bâcler notre travail, bâcler nos relations avec les autres, bâcler nos moments de plaisir et de bonheur...
"Tout s'accélère. Notre impatience n'a plus de limites, toute attente nous devient intolérable, la minute d'autorisation de la carte de crédit, l'ordi qui n'en finit plus de mouliner, la musique exaspérante des serveurs téléphoniques, l'arrivée des bagages à l'aéroport, l'e-mail resté sans réponse, les messageries vocales, la livraison qui n'arrive pas... Tout se contracte, le temps nous crispe. Internet nous télécharge son stress, le rendez-vous raté décale tout, le bouchon désorganise la journée. Où est le temps de la réflexion, de la pensée sereine, de la maturation d'une idée ? Le scoop prend le pas sur le vrai. On mange au fast-food et on avale un expresso en vitesse, le TGV n'attend pas...
Le monde au bout des doigts, le désir est instantané, on n'a plus le temps de se languir : http deux points slash slash, l'objet est là en vingt-quatre heures point net. Les mots sont devenus
trop longs, on se rencontre en ADSL, on s'M en SMS, on bosse en CDD, on se repose en RTT. On se pacse, on se jette, les fruits poussent dans des serres, le soleil brille en cabine U.V, le caddie
passe en caisse-express, le bonheur en coupe-file. Le temps de la justice s'éternise mais notre forfait s'écourte.
Il faut condenser le
propos, raccourcir le temps de parole, résumer, faire des fiches, des dépêches, limiter à l'essentiel et courir, courir... L'esprit en excès de vitesse, les espaces de rêve ne sont plus que des
interstices. Les enfants doivent "faire des activités", danse, judo, piano, pas le temps de jouer à tout et à rien, d'inventer le monde. Leur attention s'est calibrée à la durée des pubs, des
clips, des spots, et leur pensée papillonne, la concentration se dilue au tempo des flashs et des images. Le voyage n'est plus qu'un trajet, le paysage un itinéraire, le GPS nous trace la route
en direct. Immuable, dans l'infini, l'éternité règle le ballet silencieux des étoiles, pendant qu'à la surface du globe, le temps s'accélère, les hommes s'agitent, grouillent, fourmillent et
tourbillonnent. Ils courent. Leur esprit clair se met à foncer. Le développement durable se fait attendre. A quand les bébés express ? Les paléontologues nous expliquent, comme une réponse
inattendue, qu'à l'époque où l'homme courait à quatre pattes, sa gestation était de dix-huit mois. Avec la station debout, le rétrécissement de l'ouverture du bassin l'a obligé à naître à neuf
mois... Rien à faire, c'était écrit depuis le début. Allez, je vous laisse, je dois faire court... Biz, Y"
Vous pouvez retrouver ce texte à l'adresse suivante : http://blog.yvesduteil.com/blog/wp-content/uploads/2008/02/chronique_duteil-2007-12.pdf
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